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Categorie '** | J'ai toléré'

Des phrases courtes, ma chérie / Pierrette Fleutiaux

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:re:

:left: « On fait avec le vieux parent comme on a fait avec ses enfants : on voudrait qu’il mène une vie saine, fasse du sport, ait de bons amis, se porte bien et ne vous colle pas aux basques. On fait ce qu’on sait faire. On devient tyrannique. » C’est la maison de retraite. Il y a les dames, le directeur, le docteur, la coiffeuse, l’aimable monsieur B. et le très aimable monsieur des pompes funèbres. Il y a la mère, et la fille qui vient en visite. Et aussi les amis et les proches. Il y a l’hôte secret, que nul ne doit regarder, le corbeau qui contemple de son oeil noir cette ultime comédie des vivants, et attend son heure. :right:

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:ap:

:fond: Pierrette Fleutiaux1 expose sa relation avec sa mère devenue vieille, et les sentiments que font naître les derniers moments partagés (ceux qui font suite à son arrivée en maison de retraite). Plus largement, elle exprime son ressenti face au « déclin » (sic) de sa mère et à l’approche de son décès.

Devant les activités ordinaires – pour ne pas dire banales2 – qu’ensemble, mère et fille accomplissent,  la « narratrice » tangue sentimentalement, manifestant tantôt de l’impatience et de l’irritation, tantôt une admiration inouïe pour cette dame qui, paradoxalement à son affaiblissement, garde en elle un charme, une force, une vie insoupçonnés3.

:forme: Une écriture dense, riche, intime et féminine. J’ai encadré de nombreux extraits. Cependant, le style de P. Fleutiaux est alourdi, plombé, à l’image de cet écho engendré par sa confrontation avec la vieillesse et la mort.

:br:

Ce livre est puissamment intime, c’est la raison pour laquelle j’éprouve de grandes difficultés à formuler une critique. J’aurais eu envie de prendre ce que l’auteure avait à donner sans le moindre jugement. Hélas, je ne peux me soumettre à un exercice aussi difficile que… la neutralité. Parce que je suis ainsi faite – j’entends dotée d’une fichue subjectivité -, je ne peux dès lors qu’exprimer ce que ce livre a éveillé en moi avec le plus de tact et de respect possible4.

Pierrette Fleutiaux exprime dans ce livre un étrange cocktail de sentiments, chargé en contradictions et ambivalences. Sa mère vieillie lui inspire en effet un mélange d’attirance et de répulsion. Cette impression m’a semblé infiniment réaliste, dénuée de toute hypocrisie.

L’écriture de l’auteure est par ailleurs très esthétique. Cependant, je n’ai pu m’empêcher de rapprocher la prose de Pierrette Fleutiaux à celle de Françoise Chandernagor. Elles traitent toutes deux de sujets sinistres et noirs, mais Chandernagor me séduit infiniment plus. L’écriture de Fleutiaux a le tort d’être dense (trop) et, surtout, répétitive. Les scènes qui réunissent mère et fille sont très similaires, et les sentiments de la « narratrice » évoluent de façon identique tout  au long du roman : l’agacement laisse constamment place à une admiration renversante…

A vrai dire, Des phrases courtes, ma chérie n’a pas la puissance et les qualités que j’espérais. J’attendais d’être émue aux larmes. J’attendais de ce livre qu’il me retourne les tripes. Mais ce témoignage ne mène même pas crescendo vers un lien filial toujours plus profond, palpable, fiévreux. Les mêmes sentiments contradictoires virevoltent et se déchaînent de la même façon durant plus de 200 pages.

En définitive, ce livre aurait, à mes yeux, peut-être gagné à être plus bref, sans pour autant qu’on en écourte les phrases…

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:ex:

« Quel étrange renversement, moi qui voulais qu’elle s’en aille sans bruit, sans lutte, sans souffrir (c’est à dire sans me déranger) et maintenant je bataille contre cet évanouissement, je m’acharne pour ramener sa lutte sous les yeux des vivants… et je n’ai pas de mélodie, que des mots qui me gênent, n’accrochent que de pauvres objets et des instants disparates, et aucun n’a d’élan pour s’élever, s’enlacer à d’autres et nous emporter, elle et moi, dans un grand chant, un vrai roman. Ils secouent la tête, refusent obstinément, do not want to go gentle into a novel, rétifs. » (P. 174-175).

lecco

Ce livre a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec Karine qui n’a pas, elle non plus, été très réceptive même si ce ne fut pas pour les mêmes raisons que moi !

PS : Des phrases courtes, ma chérie a obtenu le Prix national des bibliothécaires en 2002.

  1. Il semblerait que ce soit P. Fleutiaux en personne qui s’exprime dans ce livre. Elle y parle d’elle en tant qu’écrivain : « Je ne suis bien que dans la fiction, et la plus éloignée possible du témoignage. [...] Mais ma mère ne se laisse pas faire, je ne peux la faire entrer dans un roman. » Comme la quatrième de couverture ne m’indiquait pas qu’il ne s’agissait pas d’une fiction, je me suis demandé jusqu’au bout si P. Fleutiaux se serait vraiment risquée à réaliser un témoignage aussi viscéral, personnel ; s’il s’agissait d’une autobiographie ou d’un simulacre… Mais il semblerait que ce ne soit effectivement pas un « roman ». []
  2. Achat d’une robe, rendez-vous chez le coiffeur, etc. []
  3. Ceci n’est pas une phrase courte :p []
  4. C’était mon intention et, après relecture de ce billet, je ne suis pas certaine d’y être parvenue. Je le regrette… []

La grammaire est une chanson douce / Erik Orsenna

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:re:

:left: Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t’aime. Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu’elle nous parlait : - Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose. - Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied. Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi. Tout le monde dit et répète « Je t’aime ». Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. :right:

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:ap:

:fond:  Tout se passe dans le regard de Jeanne, une fillette de dix ans qui, en compagnie de son frère aîné Thomas, part rejoindre l’un de ses parents divorcés en bateau.

A la suite d’une tempête survenue en pleine mer, les deux enfants, choqués, perdent l’usage de la parole. C’est alors que survient Monsieur Henri. Il leur fait découvrir un univers où les mots et règles propres à la langue française sont érigés en quasi-divinités tout à fait fascinantes. Grâce à Monsieur Henri, Jeanne et Thomas vont donc avoir la chance de voyager au sein de ce monde merveilleux qui, à terme, devrait leur permettre de recouvrir le langage et leur voix.

:forme:  Un ton léger, un style simple, un roman très imagé et poétique aux allures de conte.

Cette description plutôt objective ne divulgue rien de mon inadhésion au roman mais je vous le dis, j’en attendais en vérité beaucoup plus !

De par la passion que voue Orsenna à la langue française, je pensais que j’aurais affaire à un véritable Chef d’oeuvre, au travail bouleversant d’un Virtuose du Verbe. Bref, je pensais être envoûtée par la prose d’Erik Orsenna comme je l’ai été en lisant Françoise Chandernagor ou René Pons, mais l’auteur est à des kilomètres de ce qui me fait chavirer, tant au niveau de la forme que du fond.

Stylistiquement, il a bel et bien une « marque de fabrique », une singularité pleine d’humilité et de gentillesse, mais cette petite fable manquait pour moi cruellement de relief.

Un roman en forme de friandise. J’ai probablement rencontré des difficultés à l’aimer parce qu’en littérature, je préfère de loin ce qui est amer, sûr ou épicé…

:br:

J’ai lu ce roman en deux heures.

Très récalcitrante au départ, il m’a fallu un peu m’accrocher puis, progressivement, les pages se sont succédées toujours plus vite.

Je n’ai pas éprouvé beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre, mais je l’ai néanmoins trouvé facile et divertissant.

Je ne lirai sans doute pas d’autre roman de cet auteur et ai d’ailleurs pris peur par extension, en pensant à Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu, un livre chargé en féérie que j’avais ajouté à ma LAL.
Avis à ceux qui auraient déjà lu des romans de cet auteur : son style peut-il être rapproché de celui d’Orsenna? Le cas échéant, mieux vaudra-t-il, sans doute, que je biffe cette tentation littéraire… :(

Hygiène de l’assassin / Amélie Nothomb

:5:

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:left: Prétextat Tach, quatre-vingt-trois ans, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre.
Monstre d’obésité et de misanthropie, il joue avec une cruauté cynique à éconduire les journalistes venus l’interviewer. Les quatre premiers fuient épouvantés. La cinquième, Nina, aura raison de lui et de son secret : sous les mots, se cachent le crime, et sous l’œuvre, l’imposture. La littérature, la vraie, est faite de larmes et de sang. :right:

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:ap:

:fond: La quatrième de couverture ne pourrait selon moi être plus précise. Ce roman prend la forme d’une lutte verbale entre un écrivain (Prétextat Tach) et plusieurs journalistes survenus tour à tour pour interviewer l’auteur avant son décès.

:forme: Hygiène de l’assassin n’est constitué que de dialogues. La plume d’Amélie Nothomb est fluide, son vocabulaire est riche et la lecture de ce livre demeure rapide et facile.

:br:

Mieux vaut tard que jamais, Hygiène de l’assassin est le premier livre d’Amélie Nothomb que je découvre.

Cette lecture n’échappe malheureusement pas à la constante de ce mois d’août qui fut – notons-le – totalement secoué d’insatisfactions.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment aimé ce roman. L’importance des dialogues (95% du livre) a provoqué l’écœurement, et l’ambitieuse joute verbale à laquelle se livre Tach avec ses interlocuteurs (en particulier Nina) m’a semblé pompeuse et excédante.

Ce livre était, il faut le dire, excessif en tout. Le discours et le caractère des personnages se veut en effet totalement immodéré (mégalomanie, misanthropie, cruauté, dédain, folie, habitent, par exemple, une même et unique personne (P. Tach)).

Aussi, la fin m’a encore plus déçue que le développement du récit. J’avais lu qu’elle était saisissante, mais ne m’attendais certainement pas à ce qu’elle soit délirante… au point d’être confondue avec bâclage.

Une bizarrerie.

On sent qu’Amélie Nothomb s’est amusée lors de la rédaction de ce livre. Le plaisir que j’ai inversement éprouvé à découvrir celui-ci s’est pour moi avéré quasiment nul. Certes, j’avoue avoir peut-être souri deux fois et demi, mais cela n’a hélas pas contribué à rendre l’ouvrage beaucoup moins indigeste.

Sachant que Nothomb n’a cependant pas écrit que des romans dans lesquels le style direct prédomine, je me risquerai probablement bientôt à une autre tentative… Si vous avez une préférence pour l’un de ses autres titres, je suis intéressée !

La méthode Mila / Lydie Salvayre

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:left: Un quadragénaire esseulé décide d’appliquer le Discours de la méthode à sa vie quotidienne. Mais pour faire face à la mort prochaine de sa mère, Descartes ne lui est d’aucun secours. Il finit par consulter, non sans défiance, l’extravagante et très peu cartésienne Mila. Elle saura l’initier à l’amour et l’orienter dans le brouillard. Avec une allégresse ravageuse, Lydie Salvayre réhabilite la science du coeur. :right:

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:ap:

:fond: Fausto vit depuis quatre mois avec sa mère et ne souffre absolument plus cette situation. Les appels au secours et les pleurnicheries de sa génitrice lui donnent des envies de meurtre à son égard, ou de suicide. Pour survivre à cette situation, Fausto va se plonger dans les écrits de Descartes, espérant trouver grâce à lui une issue de secours. Mais c’est l’échec. La froideur et l’impavidité du philosophe lui semblent dénoter un manque de réalisme évident. Aussi décide-t-il de s’attaquer à sa Méthode, encouragé par Mila, une voyante auprès de qui Fausto trouve de plus en plus de réconfort…

:forme: La plume de Lydie Salvayre m’a ravie. Elle est intéressante, riche et piquante.

:br:

J’ai abandonné l’histoire d’une snob attentive à une nonagénaire boudeuse en fin de vie pour celle d’un fils désemparé et excédé par la présence de sa vieille mère plaintive à demeure.
Rassurez-vous, je ne me suis pas imposé de challenge portant sur la lecture de romans abordant le thème très… jubilatoire des affres de la vieillesse, c’est juste venu comme ça ;) !

C’est suite à cet article de Leiloona que j’ai acquis La méthode Mila. Ce roman avait piqué ma curiosité. Pour avoir en effet vécu, comme Fausto, la présence d’un proche très âgé (en l’occurrence ma grand-mère) à la maison, j’ai été tentée de découvrir la manière dont Lydie Salvayre avait traité cette réalité.

Il s’agit d’un travail réussi à mon sens. Bien que le discours de Fausto soit d’une dureté radicale, j’ai trouvé sa rage tout à fait réaliste pour l’avoir, en vérité, partagée. Si, d’ailleurs, vous avez craint de tomber sur un livre épouvantablement triste en prenant connaissance de son résumé, je vous le dis, détrompez-vous ! Le sujet épineux dont il est ici question est en réalité exprimé avec beaucoup d’humour et de causticité.

J’ai donc apprécié ce roman pour l’écriture et la perspicacité de Salvayre. Cependant, plusieurs aspects ont annulé mon ravissement.

La répétitivité ou l’indifférenciation des ressentis exprimés par Fausto a été le premier élément à participer à ma déception. La plume de Salvayre a beau m’avoir semblé florissante et admirable, il n’en est pas moins vrai que le discours du personnage principal manquait pour moi de variations, au point de vue du contenu. Ainsi, la lassitude a commencé à me gagner autour de la centième page.

Ensuite, j’ai trouvé très risqué de s’attaquer à la philosophie de Descartes.
Bien qu’il faille…
1. ne pas oublier qu’il s’agit d’une fiction,
2. considérer le contexte1,
3. souligner que Lydie Salvayre a usé de précautions en ne manquant pas de déclarer, à travers Fausto, qu’il s’agissait d’une entreprise prétentieuse (il est préférable d’être bien sûr qu’elle dispose d’un sens du discernement ;) ),
4. avouer qu’il faut un cran monstre pour aller de la sorte à l’encontre du « politiquement correct »,
5. envisager que la philosophie de René Descartes est peut-être bien -objectivement- tout à fait critiquable,
… les griefs exposés contre Descartes et sa Méthode m’ont embarrassée.

C’est surtout le fait que je n’aie pas été en mesure de faire la part des choses qui m’a dérangée. N’ayant pas lu Le discours de la Méthode, j’ai sans cesse redouté les critiques de Fausto/Salvayre. J’ai craint d’ingérer des absurdités (peut-être émises sans volonté d’induire les lecteurs en erreur) et de me faire « manipuler » : il me semble en effet tellement facile de se méprendre quant à l’interprétation de discours philosophiques que ses attaques tendaient à aggraver fâcheusement ma confusion tout le temps…

Outre ce point, j’avoue également ne pas avoir apprécié – du tout – la fin du livre. Dans la première partie, Fausto fait part de sa colère et de sa détresse face à un quotidien routinier de plus en plus insupportable. Dans la seconde, il rencontre Mila et sa fille Perline. L’histoire prend alors un ton plus narratif. Radicalement différent. D’abord parce que nous avons droit, nous lecteurs, à des contes sortis tout droit de l’imagination de Mila, et qu’il leur arrive ensuite (à Mila, Perline, Fausto et sa mère) toute une série d’aventures. Le ton, qui se fait alors plus léger, n’est pas du tout en adéquation avec la première partie du livre. Ce détonnant contraste m’a contrariée.

Enfin, Fausto est décrit comme étant un personnage érudit, pédant, vaniteux, misanthrope et lubrique. Il vit de surcroît dans un village où les petites gens, prudes, ne se cultivent pas et semblent préférer mourir que d’ouvrir un livre…
Je n’ai pas saisi l’intérêt qu’il y avait de dresser des êtres un portrait si caricatural. Cette opposition entre lui et le monde qui l’entoure est énorme… et m’a paru inutile. Ce contraste, criant, m’a donc déplu dans ce cas également.

En définitive, je suis très mitigée vis-à-vis de ce livre. Afin de me faire une opinion moins hésitante, je tenterai certainement la lecture d’un autre roman de l’auteure (La vie commune ?)… A moins que vous ne m’affirmiez que Lydie Salvayre est spécialiste en contrastes à travers toutes ses œuvres. Si tel est le cas, il est à craindre que j’abandonne là ma découverte.

  1. C’est Mila qui encourage Fausto à rédiger une lettre ouverte à Descartes à des fins quasi thérapeutiques. []

  Attendez, hein ! ;)