Chargement....
Nouveaux articles :

Archives de mai 2009

Les demeurées / Jeanne Benameur

:8:

:re:
:left: La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village.

La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invincible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ? :right:

.
:ap:

:fond: Les Demeurées expose dans un premier temps les rapports complexes d’une mère (La Varienne) et de sa fille (Luce) – d’une mère en proie à une pathologie qui l’empêche de s’exprimer1 ; d’une fille en proie à un malaise dû à la connaissance du regard que portent les villageois sur sa mère -. Mais au-delà de ces liens rendus difficiles à cause du monde extérieur, ce roman exprime surtout la force d’un amour qui se suffit à lui-même, d’une osmose qui se passe de mots pour transcender.

Quand l’école obligatoire arrache Luce à la Varienne, c’est alors que leur souffrance éclate et que l’une et l’autre se débattent respectivement pour préserver ce qu’elles possèdent…
Alors que Luce s’obstine gravement à enterrer tous les savoirs que Mademoiselle Solange, son institutrice, s’échine à lui inculquer, c’est un village entier qui catalogue l’enfant comme étant la digne fille de sa mère… Pourtant convaincue des aptitudes de son élève, Mademoiselle Solange va choisir de lutter contre les préjugés des villageois et de combattre avec ferveur la résistance au Savoir à laquelle se force Luce. Seulement, le constat de son échec ne va avoir d’autre effet que de l’abattre radicalement…

:forme: Jeanne Benameur ne décrit rien : elle suggère… Son écriture, détachée, est singulière et innovante. Au départ, son rythme saccadé et ses phrases courtes demandent un apprivoisement, mais aussitôt que cela est fait, la prose de l’auteure se révèle être extrêmement poétique et émouvante.

J’ai tronqué intentionnellement le résumé présent sur la quatrième de couverture pour mettre ici en évidence l’appréciation de l’éditeur, qui demeure d’une parfaite exactitude : « L’art de l’épure, quintessence d’émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge. »

:br:

J’avais eu l’occasion de découvrir Jeanne Benameur avec son roman jeunesse intitulé Même si les arbres meurent.
De par le souvenir positif que j’en avais gardé, le nom de l’écrivaine m’était resté dans un coin de la tête. Lorsque j’ai découvert qu’elle avait également écrit des fictions dédiées aux adultes, l’envie de la relire m’a prise. C’est avec un immense plaisir que j’ai goûté à nouveau à son écriture. Aussi, je vous recommande vivement de partir à la découverte de cette auteure si ça n’a déjà été fait !

  1. Quelle tristesse qu’il n’existe pas de mot plus mélioratif que « crétinisme », je ne me résous pas à l’employer pour ce personnage attachant… []

Le livre de Joe / Jonathan Tropper

:7:

:re:
:left: A première vue, Joe Goffman a tout pour lui : un magnifique appartement dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s’il en pleuvait. Ce jeune auteur a très vite rencontré le succès avec son premier roman, Bush Falls. Directement inspiré de son adolescence passée dans une petite bourgade du Connecticut, ce best-seller ridiculise les mœurs provinciales de ses ex-concitoyens, dénonce leur hypocrisie, leur étroitesse d’esprit et toutes leurs turpitudes. Mais le jour où il est rappelé d’urgence à Bush Falls au chevet de son père mourant, il se retrouve confronté aux souvenirs qu’il croyait enfouis à jamais. Face à l’hostilité d’une ville entière, rattrapé par les fantômes de son passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place… :right:

.
:ap:

:fond: L’intrigue de ce livre tient en haleine et ses personnages, ambivalents, fascinent en dépit de la bêtise dont ils font preuve ou ont été garants.  Si l’on dit que l’erreur est humaine, Joseph Goffman (Joe), le narrateur, est lui-même vertigineusement humain, c’est ce qui m’a, dans un premier temps, amenée à déprécier ce personnage. Cependant, le récit happe le lecteur de manière exemplaire ce qui rend inconcevable l’envie d’interrompre l’histoire, donc d’envoyer paître Joe trop rapidement… Puis, petit à petit, Jonathan Tropper, l’écrivain,  dépeint la réalité de Joe – ce qui a contribué au façonnement de sa personnalité – et met au jour ses remords ainsi que les causes de son égarement et de sa complexité. De la sorte, il nous pousse lentement à témoigner davantage d’empathie à son égard… Jusqu’à ce que l’on se surprenne à se familiariser et même se prendre d’affection pour lui et les personnages qui l’entourent.

Le livre de Joe est un roman intelligent qui aborde avec beaucoup d’habileté des sujets délicats tels que le sida, le suicide, l’homosexualité, l’étroitesse d’esprit ou encore la difficulté des rapports entre membres d’une même famille. Il évoque aussi longuement les thèmes plus courants de l’amour et l’amitié.

:forme: L’originalité formelle de ce roman, c’est que se succèdent, de chapitre en chapitre, l’histoire de Joe au présent et des extraits de son livre Bush Falls.

Tropper navigue entre dérision et crudité, mais sait aussi nous soutirer rires et larmes avec simplicité… Toutefois, je suis restée sur ma faim quant à la forme, car cette fiction ne présente rien qui innove, émeuve, bouleverse ou chatouille. Au point de vue du style, Le livre de Joe est en effet un roman typiquement américain1 : la narration est bien faite, le plume est convenable, mais sans beaucoup de finesse ni de fioritures. Ayant besoin d’un minimum de poésie (de « décollage ») pour être conquise, je suis incapable de complimenter tout à fait ce roman.

:br:

Ce livre est très intéressant à découvrir et sa grande force est, de toute évidence, son magnétisme, c’est-à-dire sa capacité à soumettre le lecteur à un état de dépendance littéraire savoureux et exaltant : si vous ressentez l’envie impétueuse de dévorer un roman, choisissez celui-là, vous serez sûr d’être dévoré en retour par l’envie de ne pas le lâcher une minute !

… Cela dit, j’avoue avoir été déçue par sa fin fantasmagorique : on n’avait pas besoin de strass pour applaudir l’ouvrage… Mais je n’en dis pas plus et que surtout, cette dernière remarque ne vous décourage pas de découvrir Le livre de Joe : il a tout de même été affublé, lors de sa réimpression, d’une grande jaquette « Révélation » à la suite de l’engouement qu’il a provoqué chez les lecteurs.

PS : Merci à « Monsieur Damien » de Tout peut arriver de m’avoir conseillé ce bouquin ;)

  1. J’ai par moments eu l’impression de relire Tom Wolfe []

Masse critique (encore)

Accueillons dans la joie et la bonne humeur la 5e édition de l’opération Masse critique dont j’ai beaucoup parlé il y a quelques mois…
L’entreprise prend de plus en plus d’ampleur. Cette fois, l’équipage de Babelio se voit chargé de distribuer près de 450 livres à ses volontaires (100 titres différents au total).

Votre motivation enthousiaste sera la bienvenue, alors inscrivez-vous, c’est gratuit !1 ;)

————————————

  1. Avis aux non-avertis : prenez le temps de découvrir le concept et les conditions d’inscription : tout est dit ici et  :) []

Déloger l’animal / Véronique Ovaldé

:8:

:re:
:left: Si Rose a quinze ans, elle en paraît sept.
Cette éternelle enfant est consciente de sa différence, mais son heureux caractère ainsi qu’une imagination sans bornes sont de puissantes ressources. Lorsque sa mère disparaît brutalement, Rose va chercher à tout prix à comprendre l’histoire de sa famille. Au risque de voir la fantaisie et le rêve l’emporter sur une réalité plus cruelle. :right:

.
:ap:

:fond: Rose, la narratrice, est sujette à quelques troubles psychiques. Aussi n’est-elle par conséquent pas considérée comme une enfant (une adolescente) « normale ».
Sous-estimée en raison de ses problèmes mentaux, elle ne parvient à soustraire des adultes condescendants que des vérités enjolivées, inintéressantes ou des silences insoutenables. Lorsque sa mère disparait subitement, Rose demeure obsédée par les désirs de comprendre le motif de sa désertion et de connaître le passé inconnu de cette dernière. Elle coud donc progressivement le récit de sa vie et les raisons de son mystérieux départ.
Rose nous emmène, nous, lecteurs, dans un univers inventif et subtil, à côté de la réalité. Elle dépeint un monde déformé mais précis ; un monde tragique et émouvant à l’image de qui elle est.

:forme: La plume de Véronique Ovaldé est rapide et intelligente. Elle happe le lecteur avec souplesse pour l’asseoir dans un univers confortable d’où il ne tient plus à sortir…
Agréable, frais, fluide… Ce roman est un plaisir au niveau stylistique.

:br:

J’ai lu ce livre d’une traite, et c’est avec beaucoup de bonheur que j’ai découvert l’univers littéraire de V. Ovaldé, dont je relirai sans doute d’autres oeuvres avec, je l’espère, autant de plaisir. Ma satisfaction personnelle est grande. Déloger l’animal m’a conquise. Puisse-t-il vous charmer, vous aussi…

  Attendez, hein ! ;)