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Archives de juin 2009

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil / Haruki Murakami

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:left: Hajime a connu pour la première fois l’amour en compagnie de la douce Shimamoto-San. Séparés par la vie, il n’a pourtant jamais oublié. Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, Hajime est devenu un homme ordinaire et s’est construit une vie agréable entre sa famille et un métier qui lui plaît. Ce fragile équilibre résistera-t-il à ses retrouvailles avec Shimamoto-San ? :right:

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:ap:

:fond: Incapable d’oublier Shimamoto-san, celle qui, durant son enfance, fit battre son coeur d’un amour pur et tacite, Hajime souffre d’une insatisfaction lancinante. A mesure qu’il grandit puis vieillit, l’homme multiplie les conquêtes sans jamais trouver ce qu’il cherche. Il se contente de relations motivées par la seule « attraction sexuelle » qui s’exerce entre lui et les femmes. Après avoir trouvé en Yukiko une épouse honorable qui lui a donné deux enfants, Hajime rencontre à nouveau Shimamoto-san…

Ce roman traite de l’adultère et évoque la frustration et le mal-être d’un homme au passé rêvé et inassouvi ; d’un homme ordinaire plein de remords qui ne cherche pas le pardon, qui se raconte tel qu’il est, avec ses désirs, ses faiblesses, ses choix, son existence…

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:forme: Une écriture simple et fluide mais qui ne m’a hélas pas transportée d’émotions.

:br:

On m’a recommandé des dizaines de fois les livres d’Haruki Murakami. Dernièrement, Damien vantait les mérites d’Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. Intriguée par son ravissement, je me suis plongée pour la première fois dans un des romans de cet auteur japonais au probant succès.

Et ce fut, à peu de choses près, un échec…

Si beaucoup de lecteurs ont trouvé le personnage principal touchant, en ce qui me concerne, j’ai su admettre qu’il l’était fondamentalement au sens propre mais peu au figuré…

Ayant « peu d’affinités » avec le thème de l’adultère à la base, je n’ai pu m’empêcher de reculer. J’ai donc suivi Hajime de très loin et avec beaucoup de désaffection dès le départ. La plume de Murakami m’a aidée à comprendre le personnage, mais pas à l’excuser. Ses écarts de conduite m’ont agacée. J’ai été incapable de faire preuve d’un rien d’empathie à son égard…

Contrairement au Livre de Joe qui m’avait gagnée petit à petit au point que j’en sois à même de retourner ma veste ; ce roman, lui, ne persuade pas d’aimer le personnage principal parce que ça n’est, je crois, simplement pas le but de Murakami. Pour paraphraser un extrait du livre, il faut prendre Hajime tel qu’il est. Tout entier. L’accepter et l’accompagner. Moi, je l’ai toléré et pris en filature en espérant qu’il polisse son âme écorchée, déviante ou qu’il chute pour de bon. Je n’ai donc, en vérité, été séduite que par les dernières lignes de ce livre…

Du bruit dans les arbres / Christian Garcin

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:left: Norwich Restinghale, vieux poète reclus, reçoit un photographe et un critique à l’occasion de la publication d’une nouvelle après presque dix ans de silence.
Infréquentable, maniaque, capricieux et misanthrope, l’écrivain connaît ses interlocuteurs puisqu’il fut l’amant de la mère du photographe, qui s’est suicidée après cette tragique relation, et sujet de la thèse avortée du second. :right:

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:ap:

:fond: Ce livre est court (111 p.) et un résumé plus clair et complet que celui que la 4e de couverture présente me paraît difficile à réaliser.

Paraphrasons donc :

A la suite des interactions difficiles qu’ont eu le photographe (Paul) et le journaliste (Georges) avec le poète Norwich Restingale, chacun, avec sa part de rancœur ou de tristesse s’exprime face à l’événement à venir (l’interview) et relate ses impressions ainsi que les souvenirs que leur évoque cette délicate situation, synonyme d’affrontement du passé.

:forme: Du bruit dans les arbres est un récit à trois voix. Tour à tour – chapitre après chapitre -, Paul, Georges et Norwich Restingale prennent la parole et exposent leurs points de vue par rapport à leur situation actuelle et au passé.

J’ai trouvé que la plume de Christian Garcin était assez inconstante : certains passages sont coulants et esthétiques, d’autres passablement ennuyeux.

Malgré ce manque d’homogénéité stylistique, je ne déplore en réalité qu’une chose : que les trois intervenants s’expriment exactement de la même façon : seul le contenu de leur discours permet en effet d’éviter de les confondre. Norwich Restingale se détache un peu, mais Paul et Georges sont largement confusionnels : on a l’impression d’être confronté à deux hommes dont les personnalités ne se distinguent pas, qu’il s’agit donc d’un seul homme qui aurait vécu deux vies différentes, en quelques sortes.
Bien sûr, ces trois prises de paroles sont le fruit d’un seul auteur, mais J. Safran Foer avait prouvé à travers Extrêmement fort et incroyablement près que la variation de style n’était pas impossible, d’où ma déception et mon exigence…

Un autre point négatif : l’auteur se lance des fleurs par l’intermédiaire de Georges, qui vante les mérites de la prose de Norwich Restingale dont on lit, au milieu du roman, deux extraits de sa production littéraire1. Ces éloges pourraient à la rigueur passer inaperçus si les extraits en question  n’étaient pas – selon moi – les deux chapitres les plus mal fichus du bouquin. Alors quoi? Immodestie ou maladresse?

Enfin, l’éditeur vend son bouquin par le truchement de cette analyse alléchante qu’on peut lire sur la quatrième : « Un roman polyphonique drôle et cinglant, sans concession, ni pour l’université, ni pour la critique. » Détrompez-vous, ce roman est polyphonique mais les qualificatifs qui suivent sont tout bonnement inadaptés.

:br:

Par moments, j’ai toléré le livre et, à d’autres, je l’ai savouré. J’ai notamment ressenti un petit frisson électrique lorsque j’ai parcouru les dernières lignes du livre… Mais une jolie fin ne fait pas la fiction.

Malgré que ce roman ne m’ait pas déplu, je crains de voir s’envoler le souvenir de tout ce qu’il contenait en un rien de temps.
J’ai transcrit cinq très beaux extraits dans mon carnet de citations, et je me contenterai de ceux-là sans regretter le reste.

  1. « Il était un très grand poète » (p. 84) []

Un oiseau blanc dans le blizzard / Laura Kasischke

:7:

:re:
:left: Quand sa mère quitte la maison, Katrina ne ressent rien, ni désespoir ni étonnement. Cette disparition semblait prévisible : un quotidien sans relief dans une banlieue aseptisée, un mari ennuyeux, une fille en plein âge ingrat… L’aigreur a grandi dans l’esprit d’une femme qui rêvait d’autre chose. Cette existence, en apparence terne, cache une réalité bien plus grinçante et compromettante… :right:

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:ap:

:fond: Le quotidien banal de Katrina, 16 ans, se voit un jour ébranlé par l’arrivée de Phil, un jeune homme provenant de son école, qui emménage dans la maison à côté de la sienne. Bientôt, Phil et Katrina découvrent ensemble les joies de l’ »amour », ce dont l’adolescente, devenue outrageusement libidineuse, ne se repaît aucunement. C’est donc dans une phase égocentrique, ne songeant qu’à l’épanouissement de sa sexualité que Kat apprend la subite disparition d’Eve, sa mère.
Katrina ne s’étonne guère de cette désertion et s’en accommode vite mais, si elle prend cette nouvelle avec beaucoup de détachement, son inconscient, quant à lui, semble ne pas digérer l’absence maternelle de la même façon car, toutes les nuits, Katrina rêve de celle qui lui a donné la vie…
Progressivement, la réalité de Kat se ternit face au dépit de son père et à la négligence grandissante de Phil, qui l’encourage à rencontrer une psychologue. C’est notamment au cours de ses séances thérapeutiques que Kat va relater ses souvenirs, ébaucher le portrait de ses parents et, petit à petit, mettre au jour la situation familiale infiniment complexe dans laquelle elle a évolué…

:forme: L’écriture de Laura Kasischke est imagée, fluide et agréable. L’auteure parvient à exposer de douloureuses réalités avec une légèreté qui rend le récit délicieusement magnétique.

:br:

J’ai apprécié le rythme du roman, sa construction ; le portrait dressé par Katrina de sa vie familiale et de ses parents, puis surtout, l’emprise du bouquin : quand on y rentre, on n’en sort plus qu’avec déplaisir !

J’ai moins aimé la focalisation de Kat sur ses fantasmes et sa sexualité dégoulinante. J’y ai, à vrai dire, vu une stratégie quasi commerciale savamment calculée par l’auteure pour obtenir l’assentiment curieux d’un plus grand nombre de lecteurs… Mais peut-être me trompé-je, dupée par ma propre pudeur ;)

En tous les cas, Un oiseau blanc dans le blizzard s’avère être un roman plaisant truffé de messages imperceptibles tant qu’on n’a pas été confronté à la fin déconcertante et inattendue qu’il nous réserve… Lorsque j’ai achevé ce livre, c’est abasourdie que j’ai pensé qu’il me fallait le recommencer immédiatement pour qu’aucune image, aucune métaphore ne m’échappe plus… Bref, ce livre fait inéluctablement de l’effet !

Je relirai sans doute Laura Kasischke à travers d’autres de ses œuvres et vous la recommande chaudement !

Edit : Bien que le thème de la disparition d’une mère soit commun à Un oiseau blanc dans le blizzard et à Déloger l’animal de Véronique Ovaldé dont j’avais fait la critique précédemment, j’ai été très étonnée de voir combien les deux livres se distinguaient l’un de l’autre tant sur le fond que sur la forme.

La mer / John Banville

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[ :stop: ]

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:left: A la mort de sa femme, Max décide de retourner aux Cèdres, propriété du bord de mer et maison de son enfance.
Tiraillé par le chagrin, la colère et l’insondable douleur du deuil, il se réfugie dans le passé, pour  » échapper au présent froid et à l’avenir encore plus froid « . Il y revit ces moments d’enfance, troublé et fasciné par la famille Grace : Constance, la mère séductrice ; Carlo, le père autocrate ; et puis les mystérieux jumeaux, Chloé et Myles, le garçon muet. II y revit aussi ce tragique événement qui marquera au fer rouge le reste de son existence. :right:

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:ap:

:fond: Un homme veuf se rend à la destination de vacances à laquelle il se rendait autrefois et laisse ses souvenirs refaire surface peu à peu…

Ces nombreux souvenirs constituent des « switchs » souvent brutaux sans association d’idées. Ce manque de continuité m’a hélas définitivement empêchée d’accrocher à l’histoire.

:forme: Prétendant que « La Mer est un roman d’une beauté envoûtante, mélancolique et sensuelle sur l’amour, la perte et le pouvoir de la mémoire », la quatrième de couverture donne du crédit au bouquin. Aussi, le Booker Prize qui a été décerné pour ce titre en 2005 confirme que le public a reçu cette oeuvre très favorablement…
En ce qui me concerne, j’ai trouvé la plume de l’auteur à la fois insipide et maniérée.

Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie de partager avec vous un extrait que j’ai trouvé particulièrement peu convaincant :

« Il y avait toujours un chien à l’attache, sous une carriole penchée, qui me jaugeait du regard lorsque je passais devant lui sur la pointe des pieds pour éviter d’écraser une crotte de poulet, et aussi un cheval blanc sale qui sortait la tête par-dessus la demi-porte de la grange et m’observait en coulisse d’un œil amusé et sceptique sous un toupet blanc crème fumé de la même nuance que les fleurs de chèvrefeuille. »

Qu’en dites-vous… ?

:br:

Bien que j’aie lu une critique rassurante informant du fait que La mer commençait à prendre tout son sens dans les dernières pages, j’ai abdiqué au tiers. Certes, je sais que c’est un peu rapide pour critiquer,  mais, convaincue que les sujets les plus noirs sont souvent ceux desquels on parle le mieux, je m’étais dit qu’avec le thème d’un deuil amer, je ne pouvais que m’attendre à une acuité du verbe remarquable ou, du moins, à un roman exprimant des sentiments à foison…

Eh bien non. Max, le narrateur, semble constamment indolent même lorsqu’il affirme qu’il est « meurtri » et risque de se « dissoudre en une flaque de larmes honteuse » à tout moment. Son expression m’a paru d’une telle atonie que ses démonstrations de souffrance n’en sonnaient que plus fausses.

En conclusion, La mer est pour moi un roman décousu et d’une platitude accablante…

  Attendez, hein ! ;)